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On tue le maritime. A qui profite le crime?

 

En dehors de l’argument traditionnel que cite la majorité d’entre nous pour défendre le maritime, celui de nos 3500 kilomètres de côtes ; en dehors de cette « légitimité kilométrique », le Maroc gagnera beaucoup à faire du maritime un pôle économique à part entière. Alors qui a vraiment intérêt à tuer le maritime ?

 

Le chef mécanicien Abdellah s’est enfin résigné et s’est réfugié dans un hôtel comme directeur technique. Son ami Ahmed a trouvé refuge dans le bâtiment. Le cas du commandant Abdelkader est plus étrange : désespéré de trouver un embarquement ou même un poste dans les métiers voisins au sien, il donne maintenant des cours particuliers en maths et en physiques aux lycéens. Il s’est trouvé obligé de travailler ainsi pour payer sa maison et les besoins vitaux de sa famille.

D’autres officiers de la marine marchande, des superintendants , des directeurs techniques et des directeurs d’exploitation très expérimentés et hautement qualifiés se débrouillent comme ils peuvent pour survivre dans ce pays qui est en train de tourner le dos à la mer, s’il ne l’a pas déjà fait.

Peut-on parler d’hémorragie des compétences ? Ce ne serait pas exact puisque ces cadres ne vont pas ailleurs. Je préfère plutôt l’expression «moisissure» ou même « mort lente de compétences ». Cette mort est-elle naturelle ? ou bien s’agit-il d’un meurtre planifié ? Il semble que quelqu’un a voulu poignarder la marine marchande pour en finir avec elle rapidement puis il a réfléchi et a préféré la mort lente.

Il s’agit bien d’un crime et la question qui s’impose et que se posent les enquêteurs à chaque fois au début de leurs investigations est désormais : A qui profite le crime ?

De la fenêtre de son petit bureau sis au boulevard Ben Aicha, Captain Mohamed, un autre rescapé du secteur montre à son ami avec beaucoup de chagrin les conteneurs déposés sur l’autre rive du boulevard. « Tu vois tous ces conteneurs gerbés sur les dépôts qui longent le boulevard, ils ne sont pas à nous ! Aucun d’entre eux ne nous appartient. »

Le cabotage national est entre les mains d’étrangers.  Le Ropax a failli être entièrement détenu par les étrangers. Le vrac solide profite déjà aux étrangers et le vrac liquide aussi. Les chargeurs marocains potentiels affrètent des navires chez les étrangers. Même dans le domaine de l’agence maritime, ce sont les étrangers qui l’emportent et largement.

S’agit-il simplement d’une question de coût, comme certains essaient de nous faire avaler ? Pas vraiment.

On se rappelle qu’un grand responsable répétait pour justifier son choix de laisser tomber la flotte et d’utiliser des capacités en affrètement, que cela lui coute 20% de moins.  Pas exact! Bien sûr, si on considère les coûts générés par le mode de gestion basé sur le vol, la corruption et les détournements, on serait à 20% au-delà des normes et même plus. Aujourd’hui la gestion a été bien modernisée pour qu’elle soit efficiente. Les pionniers du secteur ont inventé des systèmes transparents qui séparent les différentes gestions et instauré les KPI.

Ne seraient pas les syndicats qui ont tué la marine marchande à cause de leur gourmandise et leur manque de responsabilité? pas vraiment.

Aujourd’hui la convention MLC que la Maroc a ratifiée définit le cadre général de l’emploi des marins à l’international. Elle définit clairement les obligations de l’employeur selon des normes unifiées. Les contrats de travail, le paiement des salaires et les conditions à bord font l’objet de contrôles réguliers par les autorités du pavillon et aussi celles des ports d’escale.

Serions-nous à cours des compétences dans la gestion ?  Pas vraiment

Aujourd’hui, nous avons avec qui commencer. Nous avons hérité de l’expertise des cinquante années d’exercice du maritime et nos experts sont toujours en vie. Ils peuvent transmettre leur savoir aux jeunes. Rappelons que cette expertise comprend la conduite des chimiquiers, des  vraquiers, des polythermes, des  Roro, des navires conventionnels et des ferries.

Aurions-nous vraiment un problème de financement? Les banques qui ont par le passé financé des navires ne cessent de déclarer qu’elles ont été mordues par le serpent et que maintenant, selon l’adage marocain, elles ont peur de l’amarre! Peut-être, mais il reste à vérifier comment cela est-il survenu. Ces institutions très expertes dans la gestion du risque ne peuvent pas prétendre qu’elles ont été trompées.

Aujourd’hui, les institutions financières peuvent profiter des services d’experts externes qui sachent évaluer vraiment la valeur d’un navire. Pour le reste, elles n’ont qu’à suivre leurs propres procédures internes qui sont suffisamment plombées contre les impayés.

D’autres outils d’investissement ont été mis en place dans les autres pays qui veulent vraiment développer leur secteur maritime. Les allemands ont créé leurs modes et leurs outils, les chinois et les coréens aussi. Rien ne nous empêche de trouver des modes et des outils convenables pour nous.

Cela fait vraiment mal au cœur de voir les compétences maritimes agoniser lentement chacun dans son coin. Cependant et au-delà de cet aspect émotionnel, notre pays gagnera beaucoup à relancer le secteur maritime pour en faire un pôle économique. La décision est entre les mains des décideurs. Ces derniers feront mieux de cesser les études et les analyses et de passer aux actes. Ce dont ils ont vraiment besoin, c’est la volonté politique. Aujourd’hui, on a le droit de s’interroger : manifestent-ils vraiment cette volonté?

 Hammou Jdioui

 

2 Comments on On tue le maritime. A qui profite le crime?

  1. Entièrement d’accord sur tout ce qui s’est dit ds cet article mais je précise que notre syndicat est en gde parti responsable car non seulement il se mettent en réseau avec qq responsables et casse intéligément la masse. Avec leur attitude nous risquons aussi de perdre la manutention portuaire au sein de nos ports. Voir de près ce que fait l’UMT via son secretaire général au port de casa pour mieux saisir

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