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Mahmoud Benjelloun, La mer dans l’âme

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décés du commandant Mahmoud Benjelloun A l’âge 76 ans après 49 ans d’activité. Il était l’un des premiers Capitaines au Long Cours du Maroc Contemporain (1967), peut être le premier. 

M. Mahmoud Benjelloun, capitaine au long cours, avait une longue expérience dans les projets internationaux. Ses 49 ans d’expérience professionnelle et de formation lui ont permis d’affiner et d’aiguiser ses compétences techniques dans plusieurs activités du domaine maritime. En 1967, il était capitaine au Long Cours Hydro LE HAVRE. En 1968, Il a fait une année de spécialité à l’Institut de Commerce International-CFCE PARIS. En 1970, M. Benjelloun a réalisé une Etude Stratégique de la Flotte de Commerce Marocaine avec l’Amiral US  : John Harlee, avant d’être nommé à la direction de la COMANAV de 1971 à 1986. Il a ensuite tenté la pêche en haute mer : Entre 1986 et 1989, il était Gérant de MAB Fishing  (1 congélateur et 2 côtiers). Il a fait un cours passage en tant que pilote portuaire à Casablanca avant de décider de devenir entrepreneur autonome.

Dans les deux pages suivantes vous pouvez lire deux témoignages, le premier de son ami et son compagnant au sein du cluster maritime marocain, le commandant et expert M. Abdelfattah Bouzoubaa ; et le deuxième de notre directeur de publication, M. hammou Jdioui.

Témoignage M. Abdelfattah Bouzoubaa, Expert Maritime et Vise Président du Cluster Maritime :

 »Si Mahmoud Benjelloun, pour qui l’essentiel était l’objectif à atteindre, savait maintenir le contact avec l’autre partie, en mélangeant souplesse et bonhomie pour renouer le fil d’une négociation qui paraissait vouée à l’échec ».

La première chose qui me vient à l’esprit lorsque je pense à Feu Mahmoud Benjelloun, c’est qu’il fut le premier Capitaine au Long-Cours (CLC) marocain. 

Au milieu du siècle dernier, ce brevet auréolé de prestige faisait rêver les jeunes épris de voyages et d’aventures, car en plus de donner à son titulaire la compétence pour commander tout type de navire, de toute taille, sur toutes les mers du globe, ce brevet permettait à son détenteur de découvrir des pays lointains que l’avion ne touchait pas encore.

Si Mahmoud Benjelloun a aussi été le premier pilote marocain à la Station de Pilotage du port de Casablanca. A l’époque, plus d’une décennie après l’indépendance, les pilotes de Casablanca étaient encore tous français.

Plus tard, la participation de Si Mahmoud Benjelloun à une étude sur le secteur du transport maritime au Maroc réalisée en 1972, à la demande du gouvernement marocain, par un contre-amiral américain, lui a tout naturellement ouvert les portes de la Comanav (Compagnie marocaine de navigation) dont il fut le premier Directeur Exploitation - Commercial (DEC). Cela lui a donné l’occasion de contribuer au sein de l’équipe conduite par Feu Abderrahmane Bouayad, le Président de Comanav, à ‘‘l’épopée’’ de conquête de parts de marché par l’armement marocain et de constitution de la flotte sous pavillon.

Le mot ‘‘épopée’’ n’est pas trop fort si l’on considère la mainmise quasi totale des flottes étrangères sur le marché marocain du transport maritime avant le début des années 1970 et après la fin des années 1990. Conquérir des parts de marché dans le trafic marocain essentiellement concentré sur l’Europe occidentale et aux mains d’armateurs établis de longue date n’était pas une sinécure. 

Pour gagner des parts de marché, il fallait bien entendu quelques moyens financiers (que l’Etat avait consenti à mobiliser au début des années 1970), mais il fallait surtout des hommes
de métier qui ne répugnent pas à la tâche. Si Mahmoud Benjelloun maîtrisait les techniques d’exploitation et d’affrètement des navires et travaillait au rythme de ceux-ci. Il a défendu avec opiniâtreté les intérêts de la compagnie publique qui l’employait contre les armateurs étrangers et parfois aussi, lorsque les circonstances le commandaient, contre les armateurs privés marocains.

Enfin, Si Mahmoud Benjelloun, pour qui l’essentiel était l’objectif à atteindre, savait maintenir le contact avec l’autre partie, en mélangeant souplesse et bonhomie pour renouer le fil d’une négociation qui paraissait vouée à l’échec.

Ses nombreux amis dont je fais partie garderont un souvenir ému de Feu Mahmoud Benjelloun. Il a été le premier CLC marocain, le premier pilote marocain du port de Casablanca
et le premier DEC de la Comanav. Je prie Dieu pour qu’il soit aussi parmi les premiers à entrer au Paradis.

Nous sommes à Dieu et à lui nous retournons.

 

Témoignage M. Hammou Jdioui, Directeur de Publication de T&L :

 »Mais en écrivant sa biographie ou des témoignages à sa mémoire, on se rend compte de la grandeur humaine et professionnelle de cet homme et on se demande : est-ce que le pays a tiré profit de cet hommes ? L’expérience et le savoir-faire d’un tel homme n’auraient-ils pas mieux profité à notre nation s’ils avaient été canalisés dans des projets significatifs pour le pays ? »

 »United by the Sea » tel était le slogan de M. Mahmoud Benjelloun. Cette phrase résume tous ses souhaits. Il voulait que le Maroc ait une institution qui réunit toutes les forces maritimes du pays. Son dernier projet traduit bien cette vision : fonder le cluster maritime marocain.

Bien que cette association est encore en phase de démarrage et de recherche d’une identité, mais le défunt à lui seul était un cluster !

C’est avec l’expertise qu’il avait commencé son aventure entrepreneuriale. Il a pu devenir expert senior en Assurances et auprès des tribunaux marocains, membre de BIMCO, représentant local des bureaux d’enregistrement de la marine marchande (Registre PRS – PBS – St Vincent) et représentant du port de GAND, membre du comité national de l’ISPS. Ces expériences lui ont permis d’être nommé membre de nombreux comités ministériels de planification stratégique.

En 1996, il a réalisé une Etude Stratégique et Institutionnelle du Transport Maritime Marocain avec le C-For de Rimouski au Canada. Il est revenu au transport maritime en créant Idea Maroc, son agence de consignation et d’affrètement.

En fin 2006, c’était une première annonce du besoin de la création du Cluster Maritime Marocain et c’est en juillet 2012 que le Cluster Maritime Marocain a été constitué. Depuis, M. Mahmoud Benjelloun était à la fois Président de IDEA Maroc (sa société de consignation et d’affrètement, Président de CMBS (son bureau d’expertise maritime) et Président du Cluster Maritime Marocain.

J’ai rencontré M. Benjelloun en 2013 alors que je couvrais une table ronde à laquelle il a pris part. J’étais ravi d’apprendre qu’il a apprécié notre magazine et qu’il voulait me rencontrer. Je lui ai rendu visite plusieurs fois et à chaque fois, ce n’était pas facile de terminer une discussion avec lui parce qu’avec chaque évènement ou souvenir, M. Benjelloun, ouvrait des parenthèses pour éclaircir et expliquer avec énergie et passion.

Cette passion était perçue dans tous les sujets qu’il évoquait ou les projets qu’il avait. Il s’intéressait bien entendu aux navires, à l’expertise, à l’affrètement, à l’armement mais aussi aux énergies marines renouvelables, à la pêche ou encore aux antiquités maritimes. Il voulait lancer un projet de ‘‘musée maritime du Maroc’’.

Le défunt était aussi un défendeur du pavillon marocain qu’il faut ‘‘considérer avec une approche nouvelle’’ disait-il. Il avait sa propre vision du sujet.

Mahmoud Benjelloun lisait beaucoup et il était abonné à plusieurs magazines spécialisés. A ‘‘Transport & Logistic review’’ nous sommes fiers qu’il était notre ‘‘lecteur d’honneur’’. Il nous a beaucoup encouragés et il lui arrivait aussi de nous féliciter quand il appréciait un article ou un dossier particulier. Un soir il m’avait appelé après 22h00 pour me dire qu’il venait de lire mon dernier article et qu’il partageait mon opinion !

Il voulait aussi écrire, ce qui nous aurait enchantés, mais son état de santé ne lui permettait plus.

En apprenant sa maladie cet été, il a accepté avec sérénité et sagesse. Il ‘‘voulait partir’’ nous a-t-il dit. ‘‘Il ne voulait pas faire souffrir ses siens’’. Il préparait son ‘‘départ’’. Le 21 novembre était la date de ce départ. Mais en écrivant sa biographie ou des témoignages à sa mémoire on se rend compte de la grandeur humaine et professionnelle de cet homme et on se demande : est ce que le payé a tiré profit de ses hommes ? L’expérience et le savoir faire d’un tel homme n’auraient-ils pas mieux profité à notre nation si ils avaient été canalisés dans des projets significatifs pour le pays ?

1 Comment on Mahmoud Benjelloun, La mer dans l’âme

  1. Merci à vous pour ce témoignage émouvant.
    Bonne continuation

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